
Philippe Merchez









Philippe Merchez
Philippe Merchez photographie l’autre monde depuis plus de 30 ans. Son travail vise à combattre les haines de l’autre. Pour le n° 3 de Chabe!, il propose un retour sur ses travaux de jeunesse, images d’un quartier où se côtoyer, personnes âgées sans le sou, marginaux désargentés et travailleurs étrangers de la première heure.
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Les couleurs retrouvées
Au début des années 1980, Philippe Merchez arpente le quartier de la Croix-Rousse, appareil en main, à la recherche de couleurs vibrantes dans un environnement urbain souvent sombre. Marqué par une exposition de William Klein, il renonce au noir et blanc pour traquer, dans la ville, des éclats chromatiques révélant la vie ordinaire. La rareté de la couleur dans ce décor populaire en fait toute la force de ses images.
À cette époque, la Croix-Rousse ressemble à un village à part, habité par des populations marginalisées mais animées d’un fort esprit de solidarité, héritier des canuts. Les photographies de Merchez témoignent de cette identité singulière, entre luttes sociales, migrations et scènes de rue.
Parmi ses souvenirs marquants, une image devenue emblématique : deux policiers posant devant une affiche militante conseillant aux immigrés de ne jamais se rendre seuls au commissariat. Saisi par l’ironie de la scène, le jeune photographe capture l’instant avant de s’éclipser. Ses clichés et anecdotes composent aujourd’hui un regard sensible et engagé sur une époque et un quartier en pleine mutation.